Restaurant gastronomique dans le 15e : six tables qui tiennent leurs promesses

Le 15e ne vient jamais dans la conversation quand on parle de grande cuisine à Paris. Il abrite pourtant trois tables étoilées au guide Michelin, toutes minuscules, deux d’entre elles tenues par des chefs japonais. Pas de palace, pas de salle à colonnes : la haute cuisine du 15e se planque derrière des devantures qu’on rate en marchant vite, entre Pasteur, Commerce et Dupleix. Voici six adresses, ce qu’on y mange, ce que ça coûte et ce qui coince.

Adresse Quartier Registre Budget
Neige d’Été Vaugirard / Necker Créative franco-japonaise, iodée 100 à 255 € le dîner
Pilgrim Pasteur Française contemporaine 55 à 75 € le déjeuner, 89 à 155 € le dîner
Chakaiseki Akiyoshi Commerce Japonaise, cérémonie du thé 160 à 360 € selon le service
La Borie Dupleix Moderne locavore €€€ au Michelin
L’Antre Amis Ségur / Necker Moderne, Bib gourmand €€ au Michelin
Stéphane Martin Charles Michels Française de saison autour de 60 €

Trois étoiles Michelin dans le 15e, pas une de plus

Le guide Michelin recense dans le 75015 exactement trois restaurants une étoile : Neige d’Été, Chakaiseki Akiyoshi et Pilgrim. Ni deux ni trois étoiles, personne dans l’arrondissement ne joue à ce niveau. Le guide y ajoute trois Bib gourmand (Le Radis Beurre, L’Antre Amis, Le CasseNoix) et accole son symbole de gastronomie durable à La Borie. C’est peu pour un arrondissement de cette taille et c’est précisément ce qui rend ces tables intéressantes : elles vivent de leur quartier, pas du tourisme de la tour Eiffel.

Neige d’Été, le poisson et rien d’autre rue de l’Amiral Roussin

Chef dressant une assiette à la pince dans une cuisine de restaurant, vapeur, inox et casseroles en cuivre suspendues

12 rue de l’Amiral Roussin, entre Vaugirard et Volontaires. Cuisine créative franco-japonaise, une étoile depuis 2015, de 100 à 255 € le dîner selon la longueur du menu. Hideki Nishi a grandi à Matsusaka dans une famille de restaurateurs, puis a fait ses classes au Taillevent et au George V avant d’ouvrir ici en 2014 avec son épouse Nirei. Le menu est unique et dominé par les produits de la mer, sans choix à la carte : on mange ce que le chef a décidé le matin. Les convives suivent, avec 9,7 sur 10 sur TheFork pour plus de 900 avis. La réserve est dans la formule elle-même : qui n’aime pas le poisson ou tient à choisir son plat trouvera la soirée longue. Le détail des menus et les accords mets et vins sont sur le site de Neige d’Été.

Pilgrim, la seconde maison d’Hideki Nishi

8 rue Nicolas Charlet, à deux pas du métro Pasteur. Française contemporaine, une étoile depuis 2019, de 55 à 75 € le déjeuner et de 89 à 155 € le dîner. Nishi a ouvert cette adresse en 2018 et en a confié les fourneaux au chef Masaki Nagao, qui travaille dans un décor volontairement dépouillé. Les assiettes suivent le végétal et le poisson, la pâtisserie tourne autour d’un produit à la fois : une création récente empile mousse de betterave, crème catalane au basilic et gelée d’hibiscus sur une fraise Gariguette. L’écart de prix entre le service du midi et celui du soir est le vrai point de vigilance : à budget serré, le déjeuner reste la porte d’entrée. Réservation et cartes-cadeaux sur le site de Pilgrim.

Chakaiseki Akiyoshi, seize couverts rue Letellier

59 rue Letellier, quartier Commerce. Cuisine japonaise, une étoile, comptez de 160 à 360 € par personne selon le service. Derrière une façade en bois qui ne dit rien, Yuichiro Akiyoshi sert le repas qui accompagne la cérémonie du thé, préparé devant les convives, sa femme en kimono assurant le service. Le guide Michelin en fait le premier cha-kaiseki étoilé hors du Japon. Au fil des services : soupe de miso blanc et mochi de carotte, bonite grillée à la paille de riz, daurade royale au charbon de bois avec poutargue et pétasite en tempura. Deux réserves honnêtes : l’addition et seize couverts seulement, avec des réservations gérées en direct par la maison. Le carnet se remplit loin à l’avance, la table s’anticipe.

La Borie, une ferme de Haute-Loire rue de Pondichéry

9 rue de Pondichéry, côté Dupleix. Cuisine moderne locavore, classée €€€ par le Michelin, menus surprise. Tanguy Hanoun a fait le chemin inverse des autres : cuisinier devenu producteur, il approvisionne le restaurant depuis sa ferme de 70 hectares en Haute-Loire, potager de 3 hectares compris. La cheffe Raphaëlle Bathellier compose avec ce qui arrive une fois par semaine, relevé de vinaigres, pickles et poudres maison. Beurre, crème, farine, pain : tout sort de la maison, les poissons viennent de l’Allier.

Pas d’épice exotique ; seuls compromis : le sel et le café.

C’est la limite assumée de l’adresse : le registre reste volontairement étroit et le menu ne se choisit pas. La maison prend ses réservations elle-même, au 07 75 75 70 70.

Un restaurant gastronomique à Paris 15 sans y laisser 200 €

Deux tables permettent de goûter au travail de chef sans passer la barre des trois chiffres.

  • L’Antre Amis, 9 rue Bouchut, entre Ségur et Necker. Cuisine moderne, Bib gourmand du Michelin, classée €€. Une salle haussmannienne discrète, un service posé, des assiettes soignées visuellement. Le défaut vient de la façade : on passe devant sans la remarquer.
  • Stéphane Martin, 67 rue des Entrepreneurs, près de Charles Michels. Cuisine française de saison, prix moyen autour de 60 €, 9,3 sur 10 sur TheFork pour 840 avis. Une table de quartier tenue au cordeau, sans distinction Michelin en cours : on y vient pour la régularité, pas pour l’événement.

Ce que j’ai laissé de côté

Les Bib gourmand purement bistrotiers du 15e, Le Radis Beurre boulevard Garibaldi et Le CasseNoix rue de la Fédération, relèvent d’un autre registre malgré leurs très bonnes notes. J’ai aussi écarté six adresses que Google affiche pourtant en tête sur cette recherche : Sphère, Le Cinq, La Scène, Passionné, L’Arôme et ERH sont respectivement dans le 8e, le 9e et le 2e. Aucune n’a un pied dans le 75015.

Quelle table pour quelle occasion ?

  • Grande occasion, budget ouvert : Chakaiseki Akiyoshi, à condition de s’y prendre des semaines à l’avance.
  • Anniversaire ou dîner à deux qui compte : Neige d’Été, si vous aimez le poisson.
  • Déjeuner de travail : Pilgrim au service du midi, le rapport travail du chef sur addition y est le meilleur du lot.
  • Curiosité pour le produit brut et le circuit court : La Borie, en acceptant de ne pas choisir son menu.
  • Premier essai sans se ruiner : Stéphane Martin ou L’Antre Amis pour une salle plus habillée.

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