Le guide Michelin recense plus de 500 restaurants dans le 6e et ses environs. Autant dire qu’on peut très bien y déjeuner mal, surtout entre Odéon et Saint-Germain où le passage touristique fait vivre pas mal de tables tièdes. J’ai gardé huit adresses, toutes vérifiées en 75006 rue par rue, du bol de ramen à la table étoilée. Avec, pour chacune, ce qui coince.
Trois tables où la cuisine passe avant le décor
- Baillotterue du DragonCuisine française de technique, précision japonaiseLe soir, l’addition change de registre
- Aniciarue du Cherche-MidiTerroir de Haute-Loire, producteurs nommés dans l’assietteRéservation par téléphone uniquement
- Quinsourue de l’Abbé GrégoireGastronomique, une étoile au MichelinLa table la plus chère de la sélection
- Le Comptoir du Relaiscarrefour de l’OdéonBistrot français, salle Art déco, service en continuRepris par Bruno Doucet en 2022
- Brasserie des PrésSaint-Germain-des-PrésBrasserie française, classiques bien exécutés4,7 sur 9 300 avis, ça remplit vite
- Kodawari Yokochō6e arrondissementRamen, décor de ruelle de TokyoAucune réservation, venez tôt
- Chez Germain33 rue Saint-André des ArtsCrêperie classique, salle simpleEnviron 16 €, le moins cher de la liste
- Tinaface au palais du LuxembourgBar à tapas espagnolTime Out : quatre étoiles
Baillotte, rue du Dragon
Satoshi Amitsu a fait ses classes chez Georges Blanc avant d’ouvrir cette auberge à étage, murs verts et cuisine vitrée sur la salle. Français dans la technique, japonais dans la précision : thon rouge mariné et tomate brûlée, morilles farcies aux asperges, feuille à feuille de chocolat noir à la glace huile d’olive. Google affiche 4,8 pour 562 avis, Time Out lui met cinq étoiles. Le midi, comptez 35 à 45 € pour un repas complet. Le soir, l’addition change franchement de catégorie : c’est la seule réserve qui revient d’une source à l’autre. Adresse : 16 rue du Dragon, la carte est sur le site de Baillotte.
Anicia, rue du Cherche-Midi
François Gagnaire a ouvert en 2015 et n’a jamais lâché sa Haute-Loire natale. Lentille verte du Puy, fin gras du Mézenc, fromage de vache aux artisous : le chef nomme ses producteurs par leur prénom et ça se sent dans l’assiette. Trente-sept couverts, une épicerie-bibliothèque au fond de la salle, deux tables dressées directement en cuisine. 4,8 sur Google pour 1 400 avis et le guide Lebey le place en tête de sa liste du 6e. Détail à connaître avant de vous déplacer : la réservation passe par le téléphone, pas par un formulaire. C’est au 97 rue du Cherche-Midi, tout est détaillé sur le site d’Anicia.
Quinsou, rue de l’Abbé Grégoire
La table la plus chère de ma sélection, une étoile au Michelin, Antonin Bonnet aux fourneaux depuis des années sans courir après les modes. Salle claire, tables en enfilade, homard bleu breton relevé de pickles de betterave, lotte de Vendée au trio saké-yuzu-miso, ris de veau fermier sur crème truffée. L’accord mets et vins se facture en supplément et fait grimper la note d’un cran sérieux. Une adresse pour une occasion, pas pour un mardi midi entre deux rendez-vous. 33 rue de l’Abbé Grégoire.
Deux maisons que tout le quartier connaît

Le Comptoir du Relais
Carrefour de l’Odéon, salle Art déco, service en continu de midi jusqu’au soir. Boudin noir, terrine, coquelet rôti, cèpes à la plancha selon la saison. Sans oublier ce plateau de fromages que le serveur oublie volontairement sur un coin de table. Un point que la plupart des articles n’ont jamais mis à jour : Yves Camdeborde a vendu l’affaire en 2022 à Bruno Doucet. Time Out le décrit encore aux manettes, la presse de l’époque et la fiche Michelin 2026 disent l’inverse. Vous y allez donc pour la maison, plus pour le chef qui l’a rendue célèbre. 5-9 carrefour de l’Odéon.
Brasserie des Prés
9 300 avis sur Google pour une moyenne de 4,7 : c’est le plus gros volume de toute ma sélection et de très loin. La maison appartient au groupe Nouvelle Garde, celui de Bellanger et de Dubillot, qui a fait du décor Art nouveau et de la cuisine française sans détour sa signature. Produits de saison, fait maison, classiques bien exécutés. Le revers de ce succès tient en une phrase : ça remplit vite, ça parle fort, personne n’y va pour un dîner au calme. 6 cour du Commerce Saint-André.
Ramen, crêpes et tapas : le registre décontracté
Kodawari Yokochō reconstitue une ruelle de Tokyo derrière un rideau en plastique, décor pensé comme un plateau de cinéma. Cinq entrées, six plats, deux valeurs sûres : le kurogoma ninniku soba au sésame noir et le jidori shio soba, bouillon salé et chashu de poulet fermier. Le problème est connu de tous les habitués : la maison refuse les réservations et fait souvent le plein. Venez tôt ou prévoyez d’attendre sur le trottoir. 29 rue Mazarine.
Chez Germain affiche 9,4 sur TheFork pour 1 494 avis, avec un ticket moyen autour de 16 € sur la plateforme. C’est le repas le moins cher de cette liste et l’un des mieux notés en volume, ce qui arrive rarement ensemble. Crêperie classique, salle simple, rue Saint-André des Arts au numéro 33.
Tina est le bar à tapas ouvert par Cristina et Pierre Chomet face au palais du Luxembourg. Pan con tomate, pata negra, tortilla accompagnée d’une purée de poivron, gaspacho d’amande aux miettes de maïs frit, croquetas au poulet. Time Out lui met quatre étoiles et pointe la fausse note : l’assiette de pain à la tomate, quatre petites tartines facturées au prix d’une vraie entrée.
Ce que j’ai écarté et pourquoi
Trier, c’est surtout jeter. Voici ce qui est passé à la trappe :
- Trois adresses du top « Paris 6ème » de TheFork sont en réalité dans le 15e : Terry’s Café et Mont’Frenchy sur le boulevard du Montparnasse, Chez Milo rue Maublanc. Les notes sont bonnes, l’étiquette d’arrondissement est fausse. Vérifiez toujours le code postal avant de traverser Paris.
- Les italiens du quartier, assez nombreux pour remplir une sélection à eux seuls. En caser un ici aurait donné une image tordue du 6e.
- Les comptoirs à emporter du genre Café Nuances ou Benchy, très bien pour un sando le midi ou un matcha l’après-midi, hors sujet quand on cherche une table où s’asseoir.
Quel restaurant du 6e pour quelle occasion ?
| Ce que vous cherchez | L’adresse | Le point à connaître |
|---|---|---|
| Un déjeuner de chef abordable | Baillotte | le soir, l’addition change de registre |
| Du terroir et du vrai produit | Anicia | réservation par téléphone uniquement |
| Un dîner qui marque le coup | Quinsou | l’accord mets et vins se paie en plus |
| Un bol chaud sans prise de tête | Kodawari Yokochō | aucune réservation, il faut faire la queue |
| Le moins cher de la liste | Chez Germain | ticket moyen autour de 16 € sur TheFork |
Le vrai départage se joue sur deux questions. Combien de temps vous acceptez d’attendre, d’abord : le 6e regorge de maisons qui ne prennent pas de réservation et qui affichent complet à 20 h. Et ce que vous cherchez à faire du repas, ensuite. Pour parler tranquillement, visez Anicia ou Quinsou et leurs petites salles. Pour l’ambiance et le brouhaha, la Brasserie des Prés fait le travail. Entre les deux, Baillotte reste le meilleur compromis du quartier, à condition d’y aller le midi.







